vendredi 16 septembre 2011

Le Dauphin

J'arrivais  d'une petite fin de semaine à la campagne avec les amis, dans la plénitude de la zénitude, beaux soupers et spa tout inclus avec la rivière pour se baigner dedans. Du bon temps avec des éclaircies entre les nuages et beaucoup d'amour dans les sourires et les rires. Et les jasettes jusqu'à 4-5 heures du matin. On se couchait tôt. Et en même temps, je soulignais les 5 ans depuis mon départ pour la p’tite ville. Un adon. En retournant aux sources, à la source, une de mes sources, la rivière comme une vieille amie, vieille branche qui a vu passer tant et tant de bouttes de ma vie. Contente de la retrouver, inchangée, toujours une p’tite jeunesse, une vieille sage, une partie de moi. 




La fin de semaine s'achevant, j'allais conduire Isabelle à l'autobus, en m'en retournant à Québec. Le temps était pas mal serré, puisqu'on avait prévu aller manger une poutine juste avant. Mais le temps de la fin avait été trop bon, au soleil dans nos chaises longues, avec Daniel et Brigitte, et plein d’histoires enlevantes…On voyait que le projet poutine s'effritait (des frites…mmm) tranquillement, à mesure que a route avançait. On était parties un brin trop tard. Isabelle a donc eue la brillante idée de venir chez moi à Québec, et repartir seulement le lendemain pour Montréal. Yé. On a donc eu tout le temps qu'on voulait pour notre poutine-7up au Pouce, juste à côté de l'ancienne maison d'enfance d'Armand Vaillancourt, soit dit en passant.


Puis Isabelle m'a conduit mon char jusqu'à Québec, par la petite route au lieu de par la 20. L'orage nous a guettées tout le long mais ce n'est qu'une fois à Québec que la pluie s'est mise à tomber.  C'était un peu du petit temps comme ça.
En arrivant chez moi, on voulait sortir, à pied pas loin, aller boire quelque chose et Isabelle avait (encore) faim. Erfaim, comme elle dit. J'étais pas super motivée, à cause de la pluie, et à cause de la fatigue légère, mais bon, j'étais contente qu'Isabelle soit chez-moi, dans ma ville ! On est allées au premier choix du bord, ou presque. Au Cercle manger des tapas et boire un vin. Pas trop loin à pied.

Des petites betteraves jaunes tranchées fines fines fines, avec du fromage de chèvre et des noix, ainsi que quelques herbages pour faire bon et beau. Des olives marinées délicieuses comme en Espagne, et un Brumont parce que c'est pas trop cher. Et du pain.  Plein de 25-30 ans tout le tour. Notre barman-serveur était gentil, en plus on était assises au bar.
On a fait pas mal de blabla d'Espagne et d'art et j'ai eu l'idée d'aller faire un tour à la galerie Morgan Bridge, après, pour aller voir le gars dont l'installation est d'être juché sur une tablette pendant un minimum de 7 jours. Je voulais aller voir ce qu'il faisait, le dimanche soir, comme ça. 
Petite marche dans St-Roch déjà hyper tranquille à 10-11 heures. Arrivées à la vitrine de la galerie, on voit le gars en question couché sur sa tablette pour la nuit. hihi. Je le vois bouger un peu et je cogne doucement dans la fenêtre. Je lui fais un bebye de la main et Isabelle lui envoie un bec. Il sourit et se recouche. Vu, vu.
Bonne nuit gars-juché-sur-une-tablette-pendant-minimum-7-jours. J'espère que t'auras pas trop souvent envie de pipiiiiii.

Puis en s'en retournant, on passe devant le bar le Dauphin, Musique et Danse. Isabelle regarde dans la vitrine et lit le programme du jour sur le petit tableau : Karaoke dimanche-lundi-mardi. Bon. Je vois son regard s’illuminer mais je ne me sens pas si game. Et voilà Gérard-le-français-qui-fume-sa-clope qui nous aborde. Yé, un français ! Yé il est gentil. Le fun pogne presque aussitôt. Moi je ne veux pas aller chanter du Karaoke, dis-je à Isabelle.
Elle me dit : « eille, j’vas juste aller aux toilettes en dedans… » On est faites. Je le savais.
Elle me laisse là avec Gé-gé, et entre dans le Dauphin. Je jase déjà à bâtons rompus avec Gérard, qui semble sincèrement être un bon monsieur. Au Québec depuis 38 ans, mais quand-même comme s'il était fraichement débarqué de sa région parisienne.  Et il chante. Il chante les Cornichons, il chante Les Cactus, il chante Charlebois, et pis je ne me souviens plus quoi. Isabelle est revenue et on chante avec lui. Il aime ça. En revenant dehors, Isabelle avait l'oeil allumé et un sourire dont je savais bien qu'on finirait par rentrer.("Faut que tu voies ça, non mais FAUT QUE TU VOIES ÇA!") Dehors avec nous, il y a aussi Marc St-Laurent, avec sa calotte et beaucoup de trous à la place des dents. On comprend RIEN quand il parle. Je sais même pas comment on a compris son nom complet. Probablement parce que c’était un St-Laurent, ça se retient bin. On entend comme des grognements avec quelques mots au travers. Il est quand même drôle.  Ya du fun. Pour les nouveaux amis, Isabelle se présente comme Gertrude (le nom de sa mère), et moi, Pierrette (le premier nom qui me vient, et qui matche avec Gertrude.) - Gérard n'y voit que du feu. "Ah ouais, bon, faut que je retienne, là, Gertrude et Pierrette, ok, d'accord". Arrive un autre ami, Christian, qui doit avoir environ mon âge. On se présente et il croit nos noms lui aussi. C'est un habitué du Dauphin, un ami de Gérard. En fait je pense que les seules non-habituées, c'était nous deux.

Avec sa grande culture musicale et sa gentillesse sans sous-entendus, Gérard réussit à nous convaincre d'entrer dans le bar.


Lui et Christian sont contents. Gérard nous fait une belle place de choix devant la petite estrade, avec un bar pour mettre nos grosses quilles de Molson. (à Rome comme les romains han !) - Après le Cercle de tantôt, on tombe dans cet univers opposé et surréaliste.  Début du mois, fête du travail, 11h-minuit, la place est pleine et la soirée bat son gros plein. Un homme me saute dessus en rentrant, viens danser viens danser. Je réponds non, je ne danse pas (avec toi surtout). Isabelle et les nouveaux amis voient tout ça passer et tout le monde veut me protéger du méchant monsieur insistant. Il revient me voir je sais pas combien de fois "Viens danser, viens danser"- hiii. Un moment donné il a failli m'embrasser. C'est là que j'ai sorti mon petit bras fort pour le tasser.  J'avais pas peur, il était tout mou avec un regard hagard. Pas de danger de devoir combattre la force masculine dans ce temps là. Il avait à peu près la même énergie qu'une mouche au mois de janvier. Vite écarté, mais aussi collant qu'un collant à mouche. Ça fait d'l'agrément, mettons.

Isabelle se fait un plaisir de ponctuer ses conversations avec la wétrisse de "ma noire". Enfin elle peut en user librement et sincèrement. Je suis contente pour elle.
Et allons y pour un "C'est pas sérieux mon amour mon amour", avec madame qui chante parfois faux. C'est fabuleux. J'adopte mon air abasourdi pour le reste de la soirée, tel que décrit par Isabelle. 



La Molle rentre don bin bin. Ça doit être parce que c'est comme de l'eau, comme de l'eau avec un goût douteux.  Un doux goûteux.
Gérard et moi on va fumer des clopes dehors pendant les tounes karaoké pas trop impressionnantes. On s'est mis les trois sur la liste de chanteurs (Isabelle, Gérard, et moi), mais ils nous gardent (évidemment) pour la fin.  C’est surtout Gérard qu’ils gardent pour la fin, je crois. Parce qu’à chaque semaine il doit leur faire son p’tit numéro de français. La minute culture générale ! Et en ce dimanche soir, il nous a choisi « une p’tite belge »… rien de moins que Plastic Bertrand, mon ami. On a hâte. Stop ou encore ? Encore.

Isabelle vient à chaque fois dehors, même si elle ne fume pas, on ne se lâche pas d'une semelle, et c'est bien tant mieux comme ça.  On s'amuse gaiement avec tout ce beau monde qui se parle en fumant, et même Marc St-Laurent participe, celui qu'on comprend toujours pas, même après la quille. 

On se prend une deuxième quille, ma noire. Christian force vraiment pour essayer de comprendre pourquoi, mais pourquoi je filme des films, et quessé mais quessé que j'vas faire avec ça.  Je réponds une classique : " On est des artissss, je ramasse des archives !" Il trouve ça drôle. Autant en rire ! Je sais d'ailleurs pas moi-même ce que j'en ferai, sinon que de mettre ça ici.
À travers tout ça, ya le monsieur italien ("Ah lui, c't'un italien") à qui on fait jouer la toune spéciale et spécifique à ce qu'il puisse faire tourner, sur le plancher de danse, sa partenaire bien à lui, qui d'ailleurs ne rate pas un pas, elle non plus.  Ça c'est sans parler des petites lumières en étoiles rouges qui scintillent partout dans le noir. Du gâteau, gâteau, gâteau.

Et la visite de la toilette des dames, dans le coin, là-bas. Rha. Voilà un bien beau coin. Toutes les dames se parlent, et on est bienheureuses d'en faire partie. Ya la madame avec le chandail Québec avec les tis brillants en coeur, que j'ai bien aimé.
-"Je l'acheté en spécial à Beaupré, lui" plus blanc que blanc, avec les blacklights, c’est phénoménal.
-(Isabelle)- "Vous êtes vous allée monter les marches, vous là ?"
-"Non non, voyons !" dit la madame "Chu juste allée faire un ti tour, magasiner…"

 Bon pis encore une clope dehors et c'est là qu'on rencontre Linda la Lionne.
Au début on allait chanter "Question de feeling"- mais c'était quasiment trop poche (pas juste quasiment). On cherchait un duo.  Je me suis ensuite arrêtée brièvement sur "'Mille après mille"- c'était déjà plus potable. Puis voilà le fameux *flash* de la Bédard : Aimer d'amour !!! Bin quin.
On se met à chantouiller dehors, pour se pratiquer (tsé), pus hop, Linda la lionne, low profile au début, fait rorrroooouuuuahhh. Elle chante.  Nanette peut presque aller se rhabiller. On l’engage. Elle accepte tout de go de venir chanter avec nous. Yé.
Ah oui, et le barman avait des yeux partout. Un moment donné, Isabelle et moi on est sorties dehors avec nos verres de bière. Woups. Pas pensé à ça, mais sitôt sorties, deux mains de barman sortent après nous et attrapent nos deux verres. Fini. Partis les verres. Woups, on se dit qu’on sortait du bois, on a pas pensé qu’on était drette dans St-Roch, drette sur la rue du Pont, et non à l’auberge de St-Fortunat.
Puis finalement on nous appelle : Gertruuuude et Pierrreeeette !  (Entretemps on avait avoué nos vrais noms à nos amis, tsé. )"Messemblait que ça avait pas d’allure!", a dit Christian. On est rebaptisées le Gertrude et Pierrette Band par le dj. Non mais.
On saute sur la scènette, Isabelle, Linda, et moi. Je me place proche de l’écran de portable, où je vois défiler les paroles de la chanson. Faut bin que je m’acotte sur quelque chose, moi la non-habituée du micro. C'est alors que je réalise mon état et toute l’utilité qu’avaient la grosse quille et le verre ou deux que j’ai bu avant que ma 2e quille ne disparaîsse mystérieusement.  (ça devait être le collant à mouche qui voulait danser qui s’est vengé.)

On part la toune, on chante. On me donne un 2e micro, juste pour moi. Le dj a vraiment conscience d’une toune karaoké bien rendue. Isabelle est au 7e ciel. Elle danse, tripe, se fait aller les bras, toute. Je suis plutôt sérieuse, me concentrant sur les paroles et le foutu micro qu’on m’a sacré dins mains. Bon, j’ai quand même beaucoup du fun, faut dire. Linda est sur le pilote automatique, le monde danse, le dauphin prend des allures de Flipper, le bonheur est tout partout avec des étoiles rouges qui scintillent de plus belle.
Notre ami Christian a tout filmé notre « Aimer d’amour » avec mon iFaune.  Bin fier d’avoir participé à la vie d’artiste. Mais j’ai pas envie de le mettre, le vidéo. Bon.


Christian aussi a chanté, plus tôt mais c’était une chanson en anglais que je ne connaissais pas et qui ne m’a pas particulièrement touchée. Mais bon, il y a mis du cœur, c’est sur.

Mention spéciale, aussi, au gars à calotte très silencieux et observateur qui s'est soudainement transformé en Catherine Ringer pour chanter Marcia Baila. Eh bin. Rien qu'au Dauphin que ça se passe, j'vous dis. Et en fin fin fin de soirée, vint le dernier et non non non le moindre, ce cher Gérard et Stop ou Encore. Encore. Comme un maître. Par cœur, pas de paroles, pas rien, et les mimiques et oh que non, c’était pas sa première fois ! J'ai le vidéo complet, mais je ne peux pas le mettre, il est trop lourd. Dommage. Au moins une photo de Gé-gé :

Moi non plus d’ailleurs, c'était pas ma première fois. Une amie d’adolescence m’a d’ailleurs rappelée qu’on se tenait pas mal souvent dans un bar miteux de Karaoké dans mon quartier de jeunesse qui frôlait d’assez près le style St-Roch.  J’avais occulté ça de ma mémoire, mais oui, j’en ai fait du Karaoké quand j’étais jeune adulte, alors que le reste du monde passait son temps dans les discothèques de Hullollulu.

Voilà pour les multiples retours aux sources, finalement !

Et comme je n’avais plus de cigarettes 
à 3 heures quelque, Gérard m’a offert une belle Gauloise sur le trottoir, et tout le monde était là. J’ai chanté la Bohême avec une dame qui avait un t-shirt de Batman en brillants. Isabelle a rencontré un gars louche et paranoïaque mais très poli. C’est d’ailleurs lui qui nous a enfin mis le mot surréaliste dans la bouche, puisque lui aussi avait fait partie de la soirée en observateur. Il a aussi dit à Isabelle qu’il la regardait danser pendant la soirée et qu’il se serait cru dans un épisode de Symphorien. Celle là on l’a pas comprise peeeentoute. Fouille moi à quoi il pensait.  Pis fouille don pas trop, on veut pas l'sawoir.

Gérard nous a invitées à aller boire un p’tit scotch chez lui, mais ouaffff, on a refusé. Messemblait que c’était assez, comme fun nouère. Il a pas insisté et s’est bien sûr assuré qu’on soit correctes pour repartir jusque chez-moi à pied. Oui oui. Alors hop, 3h30 et on part croche, mais on part. Quelques blocs plus loin, le gars de Symphorien nous rejoint (on l’appelait 44 parce qu’il avait un gros 44 sur son chandail) en courant, pour nous radotter je ne sais plus quoi au sujet de la police – une affaire complètement parano, et dit à Isabelle :
-« non mais tsé, j’veux pas que tu penses que j’vends d’la drogue, là, faque juste pour te prouver que chu un bon gars, j’t’invite à déjeuner demain matin »
Euh, non non, c’est beau là. On s’en sac, là. Il serrait sa main un peu fort, l’a lâchée, puis est reparti. Baaaaan. Beu-bye !

On a ri tout le long en s’en allant, se remémorant tous ces beaux moments surréalistes. On avait envie pipi. On a pissé dans une ruelle. Vraiment ! Franchement ! Trop envie ! Je dirai pas laquelle. Sibouleau, c’était pas discret. Je ris quand je passe là en plein jour.

Vraiment, au Dauphin, y manquait juste Dali, pis Dada pis BriBri, pis plein d’autres amis. Mais c’était quand-même biiiiin parfait.

Voici le site web du bar, digne de mention : www.barledauphin.ca



J'avais des vidéos de plein d'autres choses, mais là, blogspot trouve que c'est assez, ça l'air....
Conclusion : belle soirée, inattendue, inespérée, inimitable. Bon moment, bon endroit, et c'est si peu dire. Cadeau !






Vi la vivi, c'est vrai.



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