vendredi 30 septembre 2011

Rocky Racoon, Ru, les H.

en allant à Montréal, voir le spectacle littéraire d'Arthuro, je n'avais récolté qu'un passager avec Amigo express. Très rare. Rockfeller, son prénom. C'est tout ce que je savais alors je m'attendais à tout et à rien. J'aime m'attendre à ces deux choses là en même temps. J'aime aussi vivre la vie comme ça le plus souvent possible. Parfois je m'inquiète sous mes apparences de tout le monde pense que je suis zen, et ce n'est pas toujours coulant comme ça. Mais bon, ce samedi matin là, Rockfeller et n'importe quoi coulaient dans mon imaginaire.
Je partais de chez moi en faisant 56 mille choses en même temps, un peu poquée et la tête dispersée entre 2 gorgées de café. Presque en retard et surtout juste à temps, j'arrive au point de rendez-vous en même temps que Rocky. Je lui avais déjà trouvé un petit nom familier mais j'ai gardé ça pour moi. Je lui montrerai plus tard.

Rockfeller venait d'Haïti. Je lui ai donc tout de suite dit que j'allais voir une lecture de poésie de Cesaire et Glissant, entre autres. Maudit que j'ai eu d'l'air culturée. Une fille s'informe, tsé. On parle donc de ça. De ça et de ci. De Dany Lafferrière, qui était d'ailleurs quelques bancs au dessus de moi au show. Il a bien aimé, qu'y disait à radio ce matin. Je suis contente parce que j'avais peur qu''il le prenne pour un imposteur, (nain posteur) mon Arthur chéri. 

Dans l'auto, on parle de plein d'affaires, Rockfeller et moi. De la vie. Grosse discussion pas si ordinaire, pour un lift amigo express. On réalise qu'on n'est pas si différents. Du moins je comprends bien le fait qu'il soit débarqué à Québec il y a un an. Qu'il n'y connaissait personne. Je lui ressors ma citation préférée de Dany Lafferrière, celle que je dis toujours, en l'adaptant très librement : "Je sais pus trop dans quel livre, mais Dany Lafferrière écrivait que ça prenait 7 ans avant de réellement habiter une ville, d'y être chez-soi."
On échange sur le fait de débarquer dans une ville, un pays inconnus. On échange aussi sur la vie, l'importance de profiter des petites choses, tout ça. Ces besoins qu'on se crée. Ma tink à essence s'est vidée, pendant qu'on parlait. Besoin de gaz. J'arrive au Madrid. Woups. C'est tout en démolution. Phoque. Rien autour. On repart, j'ai les doigts de pieds croisés. Je prends la prochaine sortie. Pas de poste à essence juste sur le bord, non non, on est obligés de s'aventurer dans la pampa. Mon ami Rocky m'assure que c'est pas grave, c'est pas grave. On rit. Je lui dis que j'espère que sa mère ne l'attendait pas pour diner. Non non. Par mes questions multiples à choix multiples, il me raconte que son père est parti quand il avait 10 ans. Que sa mère les a élevés seule, lui et ses 6 frères et soeurs. Qu'ils sont tous allés à des écoles privées, gardés par les grand-parents, alors que maman allait travailler aux États-Unis pour payer tout ça. Je lui dis que ça doit être "toute une madame. Elle doit être bien courageuse !" Il répond simplement "Oui." silence.
Je vais mettre de l'essence et on retourne sur le chemin de la route. Je manque le chemin sur lequel on devait tourner. Je fais demi-tour dans la cour d'une grosse salle de réception ou il est écrit MARIAGE sur l'enseigne lumineuse. Je lui dis, parce que je suis nounoune et surtout spontannée, "Mariage ! On va tu se marier?". Après je réalise qu'il ne me connait pas et que j'aurais peut-être pas dû dire ça ! Mais bon. Il rit encore. Fiou.

Je lui demande enfin pourquoi Rockfeller. Je lui avoue que j'ai pensé que c'était peut-être son nom de famille. Il rit. Il me dit que c'est parce que sa mère trouvait que ça faisait riche, Rockfeller. Je lui demande si ses amis l'appellent Rocky. Bien sur. Hihi.
Il est au Québec depuis un an, à cause du séisme. Il me dit que le Québec était sa porte de sortie. Il dit aussi que dans la vie, il a pris le réflexe de toujours avoir une porte de sortie. Je ne sais pas si c'est sa mère qui lui a inculqué ça. Sa mère ou la famille. Sa mère ou la famille, ou le pays au grand complet. Je ne connais si rien à tous ces pays, finalement.
On parle de l'hiver. Il dit que oui, c'est froid, mais qu'on a toujours le choix d'aimer ça. "Moi j'ai choisi de faire wooow, de m'émerveiller. Le problème, c'est juste que c'est trop long". Ouin, je suppose qu'il ne fait pas "woooow" tout le long.
J'ai bien aimé cet épisode de trois heures. En plus c'était très concept à mon petit saut à Montréal pour voir mon spectacle de mon Arthur H et L'Or noir. 

J'y suis d'ailleurs allée avec Hugo, mon Hugo. On aime Arthur H pareil. C'était notre 2e Arthur H ensemble.
On s'est promené en troque. Hugo avait loué une voiture pour la fin de semaine, et comme le locateur n'avait plus de petite voiture économique en stock, il a eu un gros pickup. HOSTIQUE que j'ai ri quand il m'a raconté ça au téléphone. Quand je suis arrivée à sa rencontre, j'ai donc voulu qu'on se promène en pickup dans ville. C'tait drôle. Hugo faisait le gros téméraire, pour ne pas dire colon. On a ri. On est bébé quand on est ensemble. On fait beaucoup de niaiseries. 
On a parqué le truck drette en avant de l'institution d'Huitres (remarquez le 2e concept : les mots en H) dont je ne me souviens plus du nom, sua rue St-Lau. Dans le djette sette, avec du beau monde nonchalant qui nonchale sur la rue avec son beau linge nonchalant.

J'étais arrivée à Montréal fatiguée, et le vin m'a rapidement tapée. Clap clap. Puis les deux shooters vodka huitre raifort et tabasco itou. Mais HOSTIE avec un H que c'était bon.
La madame du resto était vraiment très sympathique. On pense que c'était la proprio. Elle avait de la rétorque et de la répartie et du tork. On a bu un vin blanc que j'ai adoré, il goutait la crème brulée, la poire, le fumé. Lui non plus je ne me souviens plus ce qu'il s'appelait. Je n'ai aucune mémoire ou si peu des noms de vin et des cépages, mais j'ai un nez et le goût affûté affilé et détecteur de goûts imagés. J'aime ça. Je sais pas d'où ça me vient.

Au spectacle, j'ai pensé bien évidemment à cet ami perdu. Puis je n'ai pensé à rien, j'ai écouté la terre et la mer parler. Cette poésie venant du ventre de la terre, du coeur de la mer. Ces histoires si masculines, à l'arc toujours bandé, qui pourtant parlent tant de femmes et de féminité, comme mon propre cosmos qui me parlait. J'ai des amis fabuleux à qui j'ai pu raconter un peu ça.
Touchée en dessous de mon écorce poreuse, j'ai fermé les yeux par moments pour écouter le son des mots portés par cette voix grave et pleine de rouille, puis les ai rouverts pour me délecter des mains ouvertes d'Arthur, aux longs doigts blancs de piano. Petit homme singulier, grand artiste mystique !


Pour retourner à Québec, j'ai cueilli 2 jeunes gens qui revenaient d'une semaine 2 étoiles pas cher à Cuba. Et un étudiant en médecine qui revenait de 2 mois en Inde et qui avait pas mal de parlotte. S'est assis en avant. Les autres jeunes ont dormi pas mal tout le long. On écoutait les Ventures en sourdine, j'avais l'impression de conduire un gros vieux char. J'ai jasé tout le long avec l'apprenti médecin. C'était quand-même assez dense, ça aussi. Fiou. L'Inde, le monde, les cultures, les croyances, les différences. La tête pleine, le coeur plein, dans les bottes des montagnes de questions, pis toute.
J'ai pensé à la vie sous toutes ses formes, à travers tout ça.
Puis Arthur et ses lectures qui m'avaient déjà brassée la cage de belle façon.

Arrivée chez-moi, il me restait 1 heure de soleil, à ma table dans la cour d'asphalte. Je m'y suis installée, et j'ai lu Ru un peu. En arrivant à la phrase qui disait 
"...et pourtant monsieur Kiet accepta de déposer son bébé dans les bras de Claudette sans questionnement: un bébé, son bébé, qu'il avait retrouvé sur la plage après que son bateau s'était enroulé dans une vague trop gourmande. Il n'avait pas retrouvé sa femme, seulement son fils, qui vécut sa deuxième naissance sans sa mère. Claudette leur tendit les bras et les garda chez-elle pendant des jours, des mois, des années."
j'ai pleuré.
J'ai imaginé, et j'ai récapitulé d'un coup sur tout ce dont nous avions parlé, mes amis, mes étrangers et moi. J'ai laissé couler et j'ai poursuivi ma lecture, la vie a continué.

Bref, fin de semaine en surface court, en profondeur riche. Amigo express ça enrichit la vie. Les amis ça rend milliardaire.
Surprise.
Je m'attendais à tout, et à rien sauf voir les amis et le spectacle d'Arthur H. J'ai eu plus, parce que je ne m'attendais à rien. C'est drôle comme "s'attendre à rien" et s'attendre à tout " ne sont pas si différents. J'aime quand la vie m'offre les deux, quand je m'y abandonne.



Vi la Vi

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