Je
partais de chez moi en faisant 56 mille choses en même temps, un peu
poquée et la tête dispersée entre 2 gorgées de café. Presque en retard
et surtout juste à temps, j'arrive au point de rendez-vous en même temps
que Rocky. Je lui avais déjà trouvé un petit nom familier mais j'ai
gardé ça pour moi. Je lui montrerai plus tard.
Rockfeller
venait d'Haïti. Je lui ai donc tout de suite dit que j'allais voir une
lecture de poésie de Cesaire et Glissant, entre autres. Maudit que j'ai
eu d'l'air culturée. Une fille s'informe, tsé. On parle donc de ça. De
ça et de ci. De Dany Lafferrière, qui était d'ailleurs quelques bancs au
dessus de moi au show. Il a bien aimé, qu'y disait à radio ce matin. Je
suis contente parce que j'avais peur qu''il le prenne pour un
imposteur, (nain posteur) mon Arthur chéri.
Dans
l'auto, on parle de plein d'affaires, Rockfeller et moi. De la vie.
Grosse discussion pas si ordinaire, pour un lift amigo express. On
réalise qu'on n'est pas si différents. Du moins je comprends bien le
fait qu'il soit débarqué à Québec il y a un an. Qu'il n'y connaissait
personne. Je lui ressors ma citation préférée de Dany Lafferrière, celle
que je dis toujours, en l'adaptant très librement : "Je sais pus trop
dans quel livre, mais Dany Lafferrière écrivait que ça prenait 7 ans
avant de réellement habiter une ville, d'y être chez-soi."
On échange sur le fait de débarquer dans une ville, un pays inconnus. On échange aussi sur la vie, l'importance de profiter des petites choses, tout ça. Ces besoins qu'on se crée. Ma tink à essence s'est vidée, pendant qu'on parlait. Besoin de gaz. J'arrive au Madrid. Woups. C'est tout en démolution. Phoque. Rien autour. On repart, j'ai les doigts de pieds croisés. Je prends la prochaine sortie. Pas de poste à essence juste sur le bord, non non, on est obligés de s'aventurer dans la pampa. Mon ami Rocky m'assure que c'est pas grave, c'est pas grave. On rit. Je lui dis que j'espère que sa mère ne l'attendait pas pour diner. Non non. Par mes questions multiples à choix multiples, il me raconte que son père est parti quand il avait 10 ans. Que sa mère les a élevés seule, lui et ses 6 frères et soeurs. Qu'ils sont tous allés à des écoles privées, gardés par les grand-parents, alors que maman allait travailler aux États-Unis pour payer tout ça. Je lui dis que ça doit être "toute une madame. Elle doit être bien courageuse !" Il répond simplement "Oui." silence.
On échange sur le fait de débarquer dans une ville, un pays inconnus. On échange aussi sur la vie, l'importance de profiter des petites choses, tout ça. Ces besoins qu'on se crée. Ma tink à essence s'est vidée, pendant qu'on parlait. Besoin de gaz. J'arrive au Madrid. Woups. C'est tout en démolution. Phoque. Rien autour. On repart, j'ai les doigts de pieds croisés. Je prends la prochaine sortie. Pas de poste à essence juste sur le bord, non non, on est obligés de s'aventurer dans la pampa. Mon ami Rocky m'assure que c'est pas grave, c'est pas grave. On rit. Je lui dis que j'espère que sa mère ne l'attendait pas pour diner. Non non. Par mes questions multiples à choix multiples, il me raconte que son père est parti quand il avait 10 ans. Que sa mère les a élevés seule, lui et ses 6 frères et soeurs. Qu'ils sont tous allés à des écoles privées, gardés par les grand-parents, alors que maman allait travailler aux États-Unis pour payer tout ça. Je lui dis que ça doit être "toute une madame. Elle doit être bien courageuse !" Il répond simplement "Oui." silence.
Je vais mettre de
l'essence et on retourne sur le chemin de la route. Je manque le chemin
sur lequel on devait tourner. Je fais demi-tour dans la cour d'une
grosse salle de réception ou il est écrit MARIAGE sur l'enseigne
lumineuse. Je lui dis, parce que je suis nounoune et surtout spontannée,
"Mariage ! On va tu se marier?". Après je réalise qu'il ne me connait
pas et que j'aurais peut-être pas dû dire ça ! Mais bon. Il rit encore.
Fiou.
Je
lui demande enfin pourquoi Rockfeller. Je lui avoue que j'ai pensé que
c'était peut-être son nom de famille. Il rit. Il me dit que c'est parce
que sa mère trouvait que ça faisait riche, Rockfeller. Je lui demande si
ses amis l'appellent Rocky. Bien sur. Hihi.
Il
est au Québec depuis un an, à cause du séisme. Il me dit que le Québec
était sa porte de sortie. Il dit aussi que dans la vie, il a pris le
réflexe de toujours avoir une porte de sortie. Je ne sais pas si c'est
sa mère qui lui a inculqué ça. Sa mère ou la famille. Sa mère ou la
famille, ou le pays au grand complet. Je ne connais si rien à tous ces
pays, finalement.
On
parle de l'hiver. Il dit que oui, c'est froid, mais qu'on a toujours le
choix d'aimer ça. "Moi j'ai choisi de faire wooow, de m'émerveiller. Le
problème, c'est juste que c'est trop long". Ouin, je suppose qu'il ne
fait pas "woooow" tout le long.
J'ai
bien aimé cet épisode de trois heures. En plus c'était très concept à
mon petit saut à Montréal pour voir mon spectacle de mon Arthur H et
L'Or noir.
J'y suis d'ailleurs allée avec Hugo, mon Hugo. On aime Arthur H pareil. C'était notre 2e Arthur H ensemble.
On
s'est promené en troque. Hugo avait loué une voiture pour la fin de
semaine, et comme le locateur n'avait plus de petite voiture économique
en stock, il a eu un gros pickup. HOSTIQUE que j'ai ri quand il m'a
raconté ça au téléphone. Quand je suis arrivée à sa rencontre, j'ai donc
voulu qu'on se promène en pickup dans ville. C'tait drôle. Hugo faisait
le gros téméraire, pour ne pas dire colon. On a ri. On est bébé quand on est ensemble. On fait
beaucoup de niaiseries.
On a parqué le truck
drette en avant de l'institution d'Huitres (remarquez le 2e concept :
les mots en H) dont je ne me souviens plus du nom, sua rue St-Lau. Dans
le djette sette, avec du beau monde nonchalant qui nonchale sur la rue
avec son beau linge nonchalant.
J'étais arrivée à Montréal fatiguée, et le vin m'a rapidement tapée. Clap clap. Puis les deux shooters vodka huitre raifort et tabasco itou. Mais HOSTIE avec un H que c'était bon.
J'étais arrivée à Montréal fatiguée, et le vin m'a rapidement tapée. Clap clap. Puis les deux shooters vodka huitre raifort et tabasco itou. Mais HOSTIE avec un H que c'était bon.
La madame du resto était
vraiment très sympathique. On pense que c'était la proprio. Elle avait
de la rétorque et de la répartie et du tork. On a bu un vin blanc que
j'ai adoré, il goutait la crème brulée, la poire, le fumé. Lui non plus
je ne me souviens plus ce qu'il s'appelait. Je n'ai aucune mémoire ou si
peu des noms de vin et des cépages, mais j'ai un nez et le goût
affûté affilé et détecteur de goûts imagés. J'aime ça. Je sais pas d'où
ça me vient.
Au spectacle, j'ai pensé bien évidemment à cet ami perdu. Puis je n'ai pensé à rien, j'ai écouté la terre et la mer parler. Cette poésie venant du ventre de la terre, du coeur de la mer. Ces histoires si masculines, à l'arc toujours bandé, qui pourtant parlent tant de femmes et de féminité, comme mon propre cosmos qui me parlait. J'ai des amis fabuleux à qui j'ai pu raconter un peu ça.
Touchée en dessous de mon écorce poreuse, j'ai fermé les yeux par moments pour écouter le son des mots portés par cette voix grave et pleine de rouille, puis les ai rouverts pour me délecter des mains ouvertes d'Arthur, aux longs doigts blancs de piano. Petit homme singulier, grand artiste mystique !
Pour retourner à Québec,
j'ai cueilli 2 jeunes gens qui revenaient d'une semaine 2 étoiles pas
cher à Cuba. Et un étudiant en médecine qui revenait de 2 mois en Inde
et qui avait pas mal de parlotte. S'est assis en avant. Les autres
jeunes ont dormi pas mal tout le long. On écoutait les Ventures en
sourdine, j'avais l'impression de conduire un gros vieux char. J'ai jasé
tout le long avec l'apprenti médecin. C'était quand-même assez dense,
ça aussi. Fiou. L'Inde, le monde, les cultures, les croyances, les
différences. La tête pleine, le coeur plein, dans les bottes des
montagnes de questions, pis toute.
J'ai pensé à la vie sous toutes ses formes, à travers tout ça.
Puis Arthur et ses lectures qui m'avaient déjà brassée la cage de belle façon.
J'ai pensé à la vie sous toutes ses formes, à travers tout ça.
Puis Arthur et ses lectures qui m'avaient déjà brassée la cage de belle façon.
Arrivée
chez-moi, il me restait 1 heure de soleil, à ma table dans la cour
d'asphalte. Je m'y suis installée, et j'ai lu Ru un peu. En arrivant à
la phrase qui disait
J'ai imaginé, et j'ai récapitulé d'un coup sur tout ce dont nous avions parlé, mes amis, mes étrangers et moi. J'ai laissé couler et j'ai poursuivi ma lecture, la vie a continué.
"...et pourtant monsieur Kiet accepta de déposer son bébé dans les bras de Claudette sans questionnement: un bébé, son bébé, qu'il avait retrouvé sur la plage après que son bateau s'était enroulé dans une vague trop gourmande. Il n'avait pas retrouvé sa femme, seulement son fils, qui vécut sa deuxième naissance sans sa mère. Claudette leur tendit les bras et les garda chez-elle pendant des jours, des mois, des années."j'ai pleuré.
J'ai imaginé, et j'ai récapitulé d'un coup sur tout ce dont nous avions parlé, mes amis, mes étrangers et moi. J'ai laissé couler et j'ai poursuivi ma lecture, la vie a continué.
Bref, fin de semaine en surface court, en profondeur riche. Amigo express ça enrichit la vie. Les amis ça rend milliardaire.
Surprise.
Je
m'attendais à tout, et à rien sauf voir les amis et le spectacle
d'Arthur H. J'ai eu plus, parce que je ne m'attendais à rien. C'est
drôle comme "s'attendre à rien" et s'attendre à tout " ne sont pas si
différents. J'aime quand la vie m'offre les deux, quand je m'y
abandonne.
Vi la Vi
Vi la Vi
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