vendredi 21 janvier 2011

J'aime les mésanges, j'aime le chevreuil et son habitat. J'aime les vidanges, j'aime les quartiers et ses habitudes. Je suis ici, je ne suis pas là, je suis ailleurs et je porte aussi la forêt dans mon coeur. Y coulent des rivières et y respirent des lacs. Des montagnes infinies et des grands ciels sans lampadaires. Je suis ici et j'aime ces visages, ces humains qui ne savent pas d'où ils viennent. Comme moi parfois. J'aime ce qu'ils ont/n'ont pas au coeur. J'aime l'innocence de suivre le troupeau, un p'tit coup à gauche, un p'tit coup à droite, puis phoque, je change de bord, moi. Je ne vous suis plus mais je continue de vous admirer dans vos acrobaties tranquilles. J'aime la clarté du jour qui ne s'est pas maquillé, aujourd'hui. J'aime aller à la pharmacie quand il y a un gros spécial sur les 2 litres de liqueur. Tout le monde en a 2-3-4 bouteilles, dans mon quartier où les ventes de Pepsi vont bon train, où carburent les pauvres au jus brun plein de sucre. Chacun sa portion de bonheur fugace à la p'tite gorgée ou à la grosse lampée. J'aime les visages connus de ceux qui font partie du théâtre de rue, et qui ne savent même pas qu'ils ont tous le premier rôle et que les planches leur appartiennent. J'aime l'habitude de voir l'aveugle sympathique et le maquereau avec son grand danois un peu maigre. J'aime la boulangerie et ses filles sympathiques qui disent belle journée de bon coeur. J'aime ma bibliothèque de feutre avec une fontaine au milieu pour marquer le temps coulant. Je ne sais pas où trouver les livres et je m'y promène un peu intimidée, en trouvant quelque trésor de la semaine que j'oublierai plus tard. Tant de petits tiroirs dans cette petite tête, qui se rouvrent pour me montrer ce que mon coeur a déjà appris, une fois, t'en rappelles tu, t'avais lu ça, écrit ça, pensé ça, senti ça. 
J'aime les yeux des passants dans lesquels je plonge sans peur. Ils sont souvent surpris parce qu'on a appris à regarder ailleurs que dans des yeux. On regarde les choses sécuritaires et non compromettantes. Une vitrine, un char, un chien, l'épicerie, la rue, le trottoir, nos bottes qui marchent et le manteau vert avec un foulard rouge. J'aime les chiens et je dis toujours "Allo ti chien" quand je les croise. Les chiens, on peut leur parler, ça fait moins peur.  L'étranger a souvent peur qu'on se connaisse et qu'on ne se reconnaisse pas. Ou alors que je suis folle ou qu'il est fou. T'es pas spozé d'entrer dans ma bulle. J'ai un cône orange, là. Le vois-tu ? Respecte, ok.
J'aime rire avec les gens que je ne connais pas. Rire de la vie qui passe et qui est déjà repartie avec son moment drôle. Je suis là pour vous aider, je suis là pour vous aimer, juste pour rire, après je continue de marcher, j'ai des choses à faire et à penser. 
Dans ma tête j'ai beaucoup de feuilles mobiles avec des mots griffonnés partout. Mes pas écrivent souvent, quand  c'est pas le temps. Je note tout ça dans ma tête, pêle-mêle, en espérant qu'il m'en restera un peu quand je clapoterai sur mon clavier plus tard, rentrée dans ma maison, dans mon quartier populaire, dans ma rue, dans cette ville qui a toujours deux mots à me dire.

J'aime les mésanges, j'aime le chevreuil et le porc-épic de nuit qui prend son temps pour traverser le chemin de gravelle l'été sous la lune. Comme si plus rien n'était, dans le traffic des papillons de nuit et son p'tit bonhomme de chemin. J'aime les crapauds mais pas dans mes mains. J'aime le rat musqué mais sa queue a l'air d'un gros ver de terre. On peut pas être parfait dans la nature, c'est ce qui fait que je l'aime. J'aime, une fois je suis allée aux pommes dans le verger sauvage de la forêt et un immense porc-épic était endormi dans un pommier, au-dessus de ma tête. Plein de pommes, sans doute. J'aime les cris des coyotes, la nuit, ceux qui crient les âmes déchirées.
Je ne suis jamais partie, juste allée vivre ailleurs. Je retourne dans mes chemins de campagne comme dans mon monde intérieur, je connais tous ces chemins par coeur, et à chaque fois, je vois quelque chose d'essentiel que je n'avais jamais remarqué.

J'aime écrire quand je ne suis pas spozée, ce matin, au bureau, je suis payée pour écrire un brin. Ils m'en auront subventionné des mots d'amour, eux-autres.

J'en aime des choses, han.

Vi

1 commentaire:

  1. J'en aime des choses, han
    et toi comment ne pas t'aimer....
    Écrire comme ça, j'en suis un peu jaloux
    C'est tellement beau !

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