J'aime les yeux des passants dans lesquels je plonge sans peur. Ils sont souvent surpris parce qu'on a appris à regarder ailleurs que dans des yeux. On regarde les choses sécuritaires et non compromettantes. Une vitrine, un char, un chien, l'épicerie, la rue, le trottoir, nos bottes qui marchent et le manteau vert avec un foulard rouge. J'aime les chiens et je dis toujours "Allo ti chien" quand je les croise. Les chiens, on peut leur parler, ça fait moins peur. L'étranger a souvent peur qu'on se connaisse et qu'on ne se reconnaisse pas. Ou alors que je suis folle ou qu'il est fou. T'es pas spozé d'entrer dans ma bulle. J'ai un cône orange, là. Le vois-tu ? Respecte, ok.
J'aime rire avec les gens que je ne connais pas. Rire de la vie qui passe et qui est déjà repartie avec son moment drôle. Je suis là pour vous aider, je suis là pour vous aimer, juste pour rire, après je continue de marcher, j'ai des choses à faire et à penser.
Dans ma tête j'ai beaucoup de feuilles mobiles avec des mots griffonnés partout. Mes pas écrivent souvent, quand c'est pas le temps. Je note tout ça dans ma tête, pêle-mêle, en espérant qu'il m'en restera un peu quand je clapoterai sur mon clavier plus tard, rentrée dans ma maison, dans mon quartier populaire, dans ma rue, dans cette ville qui a toujours deux mots à me dire.
J'aime les mésanges, j'aime le chevreuil et le porc-épic de nuit qui prend son temps pour traverser le chemin de gravelle l'été sous la lune. Comme si plus rien n'était, dans le traffic des papillons de nuit et son p'tit bonhomme de chemin. J'aime les crapauds mais pas dans mes mains. J'aime le rat musqué mais sa queue a l'air d'un gros ver de terre. On peut pas être parfait dans la nature, c'est ce qui fait que je l'aime. J'aime, une fois je suis allée aux pommes dans le verger sauvage de la forêt et un immense porc-épic était endormi dans un pommier, au-dessus de ma tête. Plein de pommes, sans doute. J'aime les cris des coyotes, la nuit, ceux qui crient les âmes déchirées.
Je ne suis jamais partie, juste allée vivre ailleurs. Je retourne dans mes chemins de campagne comme dans mon monde intérieur, je connais tous ces chemins par coeur, et à chaque fois, je vois quelque chose d'essentiel que je n'avais jamais remarqué.
J'aime écrire quand je ne suis pas spozée, ce matin, au bureau, je suis payée pour écrire un brin. Ils m'en auront subventionné des mots d'amour, eux-autres.
J'en aime des choses, han.
Vi

J'en aime des choses, han
RépondreSupprimeret toi comment ne pas t'aimer....
Écrire comme ça, j'en suis un peu jaloux
C'est tellement beau !