samedi 29 janvier 2011

ma sorcière bien aimée

le 1er novembre 1973, à Cuba, quelque part, je ne sais pas encore où, une petite femme est née. Santiago, peut-être.
Le 2 novembre 1973, à Ottawa, à minuit pile, une autre petite femme est née. Et depuis, nous sommes presque jumelles. 
Je ne connais pas *encore* son pays mais j'en imagine les sons et les couleurs. Elle a appris à connaître le mien, et ses sons et ses couleurs. J'ai été son premier contact à Québec, quand ils (elle et son amoureux-peintre) sont arrivés ici. Ils arrivaient de la Havane et ils étaient catapultés dans un mois de mai encore bien frais du Québec.
Quand je suis allée chez-eux pour la première fois, c'était pour aller chercher des tableaux de Hanoi pour les apporter à Montréal. Nous nous étions fait, les amis et moi, un grand honneur d'aider les cubains à franchir le cap de leur nouvelle vie qui les catapultait bien loin de la chaleur qui les entourait au naturel...Ça marchait quand même pas mal, avec nos poches vides et nos coeurs pleins.

Peu à peu on est devenus solidaires. Zulema la brave et Hanoi le timide. J'ai trouvé du travail de n'importe quoi à Zulema qui m'avait dit qu'elle était prête à faire n'importe quoi pour travailler. Je l'ai donc embarquée dans mon char à tous les matins pendant 2 mois et quelque, pour l'emmener travailler. Elle et les autres immigrants que j'avais ramassés au passage. Mes étrangers proches que j'adore. Le sel de la vie, c'est aussi ça.
C'est là qu'on a commencé à parler, Zulema et moi. C'est là que j'ai vu de plus près, qu'on s'est rendues compte qu'on avait un jour de différence. L'habitacle de mon char sert souvent de confessionnal...! Quand je parle, seule ou avec d'autres, c'est un temps où voyagent les idées, ya que ça à faire, puis regarder la route de temps en temps.

Zulema est une sorcière bien aimée, et entre ma vision nord-américaine et sa vision caribéenne de la vie, il n'y a qu'un pas qui finit par se confondre. Le pas qui nous ramène au pied de la Vache Sacrée qui ne dort que d'un oeil.

Zulema aime son Yoruba, sa religion souple, et moi j'aime Bouddha, la mienne de religion souple, et on aime la vie et tout le reste aussi. Des fois elle m'a raconté des rituels, quand je suis allée chez elle. C'est rare que je vais chez elle et qu'elle vient chez moi, en bonnes sauvages que nous sommes !
On se rejoint dans notre langage de scorpionnes, on se rejoint dans nos rires tordus autour de farces étranges et légères. On ironise et on rit l'une de l'autre parce qu'on sait qu'on est jumelles. On philosophe et après on rit, on rit et après on philosophe, et finalement on rit de tout ce qu'on avait philosophé tantôt, parce qu'on oublie souvent nos mémoires ensemble. 
Rien ne colle sur nos peaux lisses de scorpionnes, même si on est bien préoccupées par ce qui se passe dans le coeur des autres et dans les nôtres.  On s'en fait, on se raconte nos peines, puis après on souffle dessus, elle avec ses vagues de mer, et moi avec mes vents du nord. Et on rit et on se pointe nos caractères et on comprend tout ce qu'on se dit du premier coup, même si on vit dans des mondes souvent différents. On se rejoint au pays du 1er & 2 novembre. C'est un beau pays. Il y a le noir et le blanc, et tout le gris entre les deux, qui fait qu'on se mêle d'histoire et qu'on oublie parfois d'arrêter de se créer des pensées. 
On ne se ressemble pas, mais on se ressemble beaucoup, parce qu'on rit pour rire.

Ma vie est riche ! Ma vie est riche ! Je suis riche parce que je suis ma vie ! Ma vie c'est mon rêve, et ma vie, ya aussi Zulema dedans, parce qu'on est atterries sur la même planète ! Viva la vida !
Des fois je sors mon espagnol rouillé et appris sur des paroles de chansons, avec elle, et ça marche. Je me suis même risquée à faire ma première joke en espagnol, l'autre soir. "Et en plus elle était bonne !", m'a dit Zulema. Sauf que je suis encore et toujours gênée de parler espagnol avec quelqu'un qui comprend le français. Je chante mieux l'espagnol que je le parle. Peur de me tromper de temps de verbe, toujours ! Comme quoi, passé présent futur, c'est pas mon fort !

On s'appelle réciproquement "hada madrina", qui veut dire fée marraine. Souvent on se téléphone et la première qui décroche dit : "héééé madrina !" ou encore, et surtout, elle m'appelle "cara de coco", qui veut dire tête de coco, tête dûre, tête de linotte! C'est mon nom cubain.
J'aime Zulema parce qu'elle sera pour toujours mon amie qui sait les choses. Il faut beaucoup rire quand on est les cara de hada que nous sommes.


Cliquez ici pour écouter la chanson de Philémon chante

vi la vivi la viva la vidada

2 commentaires:

  1. tête de coconut, tête mûre, tête de piche-notes! Elle t'aime ta jumelle, c'est ça qu'elle te dit .............. Adorable !

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  2. cara de coco, q sorpresa tan hermosa, gracias mi madrina hermana gemela, yo tambien te quiero mucho

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