J'ai quitté Québec ce midi dans la sloche à la neige. Mon chauffeur de taxi Algérien m'a demandé si j'avais bu du thé à la menthe, parce que j'avais une odeur de thé à la menthe. C'était mon baume à lèvres. J'ai aimé ça. Je suis facile à charmer, sensible, comme ça. J'assume avec bonheur.
C'est la première chose qu'il m'a dit, le chauffeur, quand je suis entrée dans le taxi. J'aime sentir le thé à la menthe algérien en pleine sloche apocalyptique du mois de mars.
Depuis presque 7 ans à Québec, qu'il m'a dit. Moi depuis presque 5. Dans je ne sais plus quel livre, Dany Lafèrrière disait que ça prenait 7 ans pour réellement habiter une ville, quand on vient d'ailleurs. Peu importe d'où, je suppose. En tout cas, moi je me sens encore parfois immigrante dans c'te ville.
Je pense souvent à ces mots du Dany, ça m'encourage. Il me reste 2 ans et quelque pour arriver !!
Je ne sais pas si je serai encore là pour me voir arriver, mais j'aime ne rien savoir de tout ça. Jusqu'à dimanche passé, je m'en allais à Montréal en juillet prochain. Puis vinrent les doutes, et surtout le bien-être et la simplicité de la vie familiale à concilier....Décision un peu à contrecoeur, et contre toute attente. Je pensais, jusqu'ici, que tout était dans le sac. Mais des imprévus, et des sentiments à prendre en considération, puis un fiston dans le milieu de la sannewidcheche de la Vie, surtout. J'ai choisi de rester. J'ai eu l'impression de regarder ma vie sur la corde à linge pendant quelques 2-3 jours. J'ai eu l'impression d'avoir avalé la lune dans ma bouche de grenouille, aussi. Comme si j'avalais un million d'autres possibilités toutes d'une claque.
Puis voilà. C'est classé. Je reste et on verra. Je ne pense à rien. Je suis bien. Je refuse d'en être contrariée, ni d'en vouloir à qui que ce soit.
En ce moment je suis dans le train. Dans le train pour bouger.Mon voisin ronfle, ça me rappelle mon grand-père. Il ronfle comme mon grand-père quand il ne dormait pas depuis très longtemps. J'ai connu des gros tracteurs de troque à benne de ronfleurs, mais j'avoue que celui ci c'est un genre de ronronnement pas trop déplaisant.
Petit bisou à Gérard Vallée dans sa thalle de framboises de l'au-delà. Un ange passe à côté du train.
J'écoute mon Arthuro et sa Mystic Rhumba au piano seulement, comme j'avais fait cet été en allant à Montréal en train. Je suis en voyage, et cette musique est parfaite compagnonne. Les voyages ne sont jamais petits. Les voyages forment la jeunesse et déforment la vieillesse. Les voyages y sont toujours pour quelque chose, même quand on s'en va juste à Ottawa.
Hier j'ai parlé à un ami-mou-reux-je-ne-sais-plus-comment-appeler-ça. Il file un mauvais coton noir depuis un bout.. Je lui envoie du petit coton blanc, c'est vraiment tout ce que je peux faire. Je te comprends beaucoup plus que tu crois. Je fais confiance à ce que tu racontes, j'arrive même à t'admirer pour ce que tu dis rageusement. Je respecte, surtout. On a tous un coton noir en quelque part dans le fond du squelette du garde-robe. Des fois drette dans le blanc des yeux pis sur les rails de la voix.
J'écrirais comme ça toute la journée dans le train, je me sens en compagnie de Josélito Mi-chaud (justement mon voisin sent le fond de tonneau-ha!ha!), j'ai envie d'écrire mes confidences. Mais j'en garde pour moi, je ne lancerai pas tout dans l'espace...
Le train s'est immobilisé, je sais pas trop pourquoi mais ça commence à être long...
Fiston est chez son père cette semaine, c'est la relâche. J'ai dit à mon bureau que je travaillerais dans le train...j'ai un doute sur ce que j'ai pu avancer. Mon bureau comprendra. Je suis quand même à mes frais, là.
Bon on dit qu'on attend qu'un train passe, c'est pour ça qu'on est arrêtés. Et voilà. Il est passé. On prend toujours un train pour quelque part !
Je ne sais pas où je suis. Quelque part entre Québec et Drummondville, entre les fermes et les fermettes, les villages tristounets sous le gris de la pluie, les rares corneilles téméraires et les quelques pigeons toujours en gang, toujours contents d'être des pigeons.
J'ai un ami dans mon écran. C'est un pigeon et je l'aime beaucoup.
Bon. À me lire, me relire, me délire, j'ai fini Arthuro. Maintenant c'est Émilie Proulx et son coton gris de petite musique doucement déprimante de train. Sa déprimette n'est pas dérangeante, le bonhomme ne ronfle plus. Une musique de route aussi. Je suis chanceuse dans mes choix qui se font tout seuls, au milieu d'un mini-mini-tsunami.
Vi la Vi
Merci la Vi pour le déplacement intime en train avec toi. J'ai bien aimé. Désolée si je ne vais pas fureter souvent (même moins que pas souvent) sur les 2 pigeons. J'ai du rattrapage à faire. Les journées passent trop vite. Vous devez ben l'savoir que je vous aime vous et vos oeuvres ! Mais oui je l'sais ben qu'un ptit commentaire de ptite tape dans l'dos de temps en temps, ça fait du bien. En tous cas, j'm'en va r'viendre ! Brigitte P. XXX
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